angéliophores
L’angelos ou l’ange, le messager en grec, a abandonné ici ses douces ailes et son corps juvénile pour les rondeurs maternelles, terriennes de la vache, animal omniprésent dans les créations d’Ulysse Ketselidis.
« Présente sur chaque continent, familière à chacun de nous, je la veux porteuse d’un message de paix, de générosité et de protection. Mère de l’Humanité, vache nourricière, alliée à nos jeunes années. Je la vois porteuse d’une identité commune, expression d’une culture collective. »
Sur un grand tas de terre, jonché d’armes cassées, vestiges d’un monde rongé par la violence, on peut lire le mot PAIX décliné dans les quatre langues parlées par l’artiste (français, anglais, grec, turc). Plus haut, l’herbe fraîche, la vie, les trois messagères. Fières, victorieuses, elles arborent une parure de mosaïque, robe de tesselles dont les vibrations bleutées sont l’expression de la diversité de cultures, de peuples, d’individus sur terre. Avec impertinence, un ruban rouge entrelacé parcourt ses multiples facettes et crée un courant dynamique entre elles. Au-delà d’une dénonciation simple de la guerre, cette installation pose un questionnement plus profond : sans ce lien entre nous, sans communication, sans échange, la paix est-elle possible ?
Dans les autres créations, la vache perd de son volume pour devenir sujet photographié puis développé sur toile, tantôt disparaissant derrière le message pacifique inscrit à l’émulsion photosensible, tantôt animé d’une peinture vive et d’un pastel spontané.
Quelque soit la technique utilisée, cette réflexion sur le symbolisme de la Vache reste au cœur du travail d’Ulysse Ketselidis. Ici exposées, solides, imposantes, elles sont ailleurs, sur les murs de Paris et d’Istanbul, de discrètes petites mosaïques ou émaillages polychromes, offertes aux regards surpris. A Athènes puis encore Paris, elles furent éphémères, au centre d’éclatantes affiches volant un temps la place d’une annonce publicitaire.
En constante évolution, l’image de cette muse se fait le réceptacle des idées de l’artiste, de ses rencontres, souvenirs, voyages. A travers elle, on devine alors l’homme curieux, accessible, lucide et surtout altruiste, tourné vers nous à travers elle.
Aurélie Richard, historienne d’art
|